Depuis le 2 septembre, et ce pendant deux mois, un nouvel artiste s'est installé au sein de l'Atelier du Méridien. Il s'agit du mosaiste Guy Bernardin, qui vient élargir le choix des oeuvres à découvrir au sein de l'Atelier.

Présentation:

A l’issue de deux années passées au Club Med de Moorea en tant que “photographe village”, Guy est venu s’installer définitivement sur Papeete en octobre 1982, après avoir étudié les civilisations antiques et précolombiennes. Son séjour au Japon dans les temples Soto Zen de Kanazawa lui donna un goût prononcé pour les compositions au trait fort tendant à l’essentiel.

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Révélée sur le site de Pompéi en 1976, pratiquée en autodidacte, puis entretenue dans le milieu de la publicité et de l’art graphique pendant des années; la passion de la tesselle sommeillait en lui mais ne l’avait jamais quitté. Ce n’est qu’en 2004 qu’il se décide à accomplir un pèlerinage d’un an à Nice, Avignon et Venise pour approfondir sa technique et “se remplir les yeux”... La mosaïque est un moyen d'expression très complet qui permet de s’exprimer en quatre dimensions.

- La rencontre à Tahiti avec Alain Joannis et André Etilagé a été déterminante sur ma décision de m’exprimer par le biais des tesselles, ils m’ont poussés à franchir le pas, je les en remercie.

Je cherche à composer un univers de pixellisation minérale figuratif symboliste, alliant les techniques traditionnelles ou contemporaines à l’environnement Polynésien; en fonction de matériaux définis comme les marbres, les smaltes vénitiens (pâtes de verre épaisse), le grès, la nacre, la céramique ou les galets. Je travaille quelquefois en collaboration avec d'autres artistes comme Alain Joannis pour l'ellaboration du "carton" (dessin de base servant à l'interpretation).

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J'ai un faible pour la mosaïque de marbre, car bien qu’antique de part son aspect visuel de prime abord, elle est en fait étonnamment moderne, véritablement en symbiose avec la technologie informatique actuelle, car ce n’est ni plus ni moins qu’une pixellisation minérale. Mais ne nous leurrons pas, même si la pierre peut paraitre pérenne vis à vis du temps qui passe, la perception ressentie par celui qui regarde, change, en fonction de son appartenance à la conscience collective du moment. Dans toute œuvre il y a le visible et l'invisible, et la signification de l'invisible ou de la symbolique varie en fonction de la conscience collective et de la nature propre de l'individu qui l'a devant les yeux. Ainsi un Christ contemplé dans une église ne "parle" pas de la même façon au pèlerin du Moyen Âge et au fidèle d'aujourd’hui.

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"L'or et la Lumière" (Christ Pantocrator) 1,36 X 0,86 mètres. Fusion de l'époque classique et byzantine. Association de marbres et de smaltes vénitiennes en or. 2007.

J'ai voulu dans cette réalisation faire la fusion entre l'époque classique (les marbres) et l'époque byzantine (les smaltes en or de l'auréole), séparé dans la réalité par plusieurs siècles. L'empire d'orient (byzantin), a réalisé plusieurs représentations en mosaïque du Christ Pantocrator (maître de l'univers), celui ci est résolument original car bien qu'il bénisse avec les deux doigts levés (symbolisant sa double nature: le divin et l'humain), il ne tiens plus dans la main gauche le livre de l'Alpha et l’Oméga (en fait, de nos jours, il est possible qu'Il l'ait déjà transmis?), et son vêtement n'est pas bleu... (Nous n'avons pas voulu avec Alain tout "emprunter" dans la symbolique).

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"Uparuparu" (Apogon Fuscus) 1,36 X 0,86 mètres.  Poisson des Tuamotu, style romain, frise grecque symbolisant la continuité de la vie...grâce aux ressources marines...du Fenua! Exécuté entièrement en marbres brut, teintes naturelles. 2006.

L'art sacré tel que perçu au Moyen Âge, exprimé dans l'Or et la Lumière:

Lorsque l'image ne se contente pas d'illustrer mais signifie, elle doit, pour être comprise, utiliser un code. L'image assemble un jeu de lignes et de couleurs, du trait et de la couleur résulte la composition, porteuse de signification, elle transmet et crée, elle suggère le sens, faisant appel pour interpréter les figures à la mémoire culturelle, enfouie dans le subconscient, c'est elle qui identifie le code. Vu sous cet angle, l'image met en image l'invisible caché. L'œil lit et regarde l'œuvre pour contempler à travers elle l'invisible. Verticale, la composition donne une saisie immédiate de l'ensemble. Mais l'œuvre d'art n'est pas seulement un reflet. Signifier, c'est transmettre un enseignement. Le message est de recueillir et diffuser le savoir (représenté traditionnellement à partir du XII par la présence du livre). Le travail de l'artiste s'efface devant la signification. Le rôle du mosaïste est donc humble mais essentiel puisque il introduit à ce mode de connaissance intuitive où la beauté visible mène à la beauté spirituelle. L'œuvre des hommes ne fait qu'imiter la nature, et retrouver en elle ses proportions. Elles sont la beauté cachée. Pour que cette beauté apparaisse, elle doit être éclairée. La lumière est un flux d'énergie qui se répand et pénètre les corps, auxquels elle donne un degré de luminosité et fait vibrer les couleurs. Le fond d'or (l'auréole) marque la rupture entre le monde céleste et monde d'ici bas, il déplace la scène dans une autre dimension. La lumière solaire qui doit éclairer l'image représente et symbolise la lumière spirituelle. Une œuvre lumineuse illuminera les esprits pour qu'ils aillent par des lumières vraies vers la vraie lumière. Un objet d'art sacré n'est pas un objet décoratif, sa signification n'épuise pas son sens. L'artiste conçoit un message pictural qui serait le signifié et dont les formes de l'image serait le signifiant. Par ce biais, qui est à la fois celui du trait, de la couleur, de la composition, on fait intervenir le conceptuel, ou du moins l'abstrait dans le domaine du sensible. Chargé de manifester la parole divine, l'art sacré suggère une réalité dont il exprime l'absence, lié au Livre. C'est le témoin d'une culture scripturaire, c'est le rapport de la réflexion entre le texte et l'image, lui même entre le Livre et la Parole, tous deux d'origine divine. L'image devient, comme la liturgie, une voie d'accès au divin. La fonction du visible est de signifier l'invisible. Texte et image deviennent tous deux des signifiants dont le signifié est la Parole divine.

Guy Bernardin anime à l'année des ateliers de mosaïques créatives sur Papeete et à la B.A. 190 de Faaa, il donnera également des cours pendant deux mois à partir de septembre 2008 un atelier à l'hôtel Méridien de Punaauia. Toute la richesse de son travail est à découvrir au sein de l'Atelier jusqu'au mois de novembre!

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